Situation d'urgence et acte éducatif ?
Collecte, urgence, don, aide humanitaire : faire la part des chosesRépondre aux questions et interrogations des élèves face à une actualité brûlante, relayer l’information, accompagner les élèves dans leur volonté d’« aider », d’« être solidaire »…
Faire la part des choses entre collecte, urgence, don, développement, aide humanitaire …
Situation d’urgence et acte éducatif ?
Manifester sa solidarité dans les classes, apprendre l’exercice concret de la solidarité par une collecte, une action… les situations d’urgence font que nos élèves – heureusement- s’investissent spontanément pour les causes humanitaires…
Mais avec la sur-médiatisation des guerres ou des catastrophes, les « images chocs »… l’acte éducatif, la prise de conscience de la nécessaire solidarité sont souvent évincés par la photo qui a joué sur « la corde sensible », le commentaire du journaliste bâti sur l’émotion,…
Dans un tel contexte, le « don » solidaire de l’élève se limiterait alors à un acte caritatif et affectif….
Pour qu’il y ait éducation, il faut qu’au-delà de l’acte de générosité et l’action organisée par une classe, une école…il faut qu’ il y ait de la part des enseignants et de la communauté éducative une vraie information sur la situation de crise, une actualisation permanente des faits, une analyse des messages des médias, une discussion « réelle » avec les élèves sur leur compréhension et analyse des événements pour éviter contresens, sensibleries…( à minima, cette « discussion » nécessite la durée d’une séance de cours, et non pas les premières minutes d’un cours où on passerait rapidement à tout autre chose …)
Et dans l’idéal, un travail conjoint ou concerté des enseignants en histoire, géographie, lettres… pour permettre aux élèves de mieux analyser les faits, de passer de la sensibilisation et de l’interpellation médiatique à la réflexion, est conseillé pour leur exposer les données économiques, géographiques, historiques, sociales de la situation. Avoir en vue l’ensemble de la situation, la replacer dans l’ensemble du contexte permet d’éviter l’écueil de la « supra- cause » inévitable ou ingérable, la « catastrophe »… qui plongerait les élèves dans soit une situation d’inquiétude ( « si la catastrophe venait à nous un jour … »), soit une situation de passivité (« il n’y a rien à faire face à ce type de catastrophe »…).
Ainsi il est important de faire réfléchir les élèves et de les aider à rassembler l’ensemble des causes de cette situation, leurs conséquences et bien entendu de réfléchir aux moyens d’y remédier, et de prévenir un même évènement.
Sans surenchérir à la médiatisation des évènements, il est important de travailler sur l’actualité (car l’ignorer serait ignorer le quotidien de l’élève touché d’abord par cette actualité, et les images du 20 heures qui l’ont interrogé….) , et de la « décortiquer » avec les élèves pour ne pas la prendre comme « vérité absolue » ( en lettres, français, éducation civique, histoire… : travail de recherche documentaire, confrontation de plusieurs articles de presse, analyse du traitement de la même information par diverses sources, analyse de la part de subjectivité dans chaque article… travail sur les langages, et les styles …).
L’esprit critique de l’élève et du futur citoyen ne peut se former que sur une bonne information. Seulement après ce premier temps : information sur la situation de crise, remise dans son contexte global, l’élève qui aura construit son jugement et son analyse des faits, pourra alors choisir librement son engagement, son acte de solidarité …
Celui-ci ne sera alors pas qu’un acte spontané bâti sur de l’émotif , mais bien un élément d’une conduite réfléchie …
Nous insistons donc sur la nécessité de réfléchir avec les élèves à l’acte de donner, et aux formes que peut revêtir la solidarité internationale.